13 mars 2010

La réalité médicale

La découverte des antibiotiques, vers le début des années quarante a littéralement transformé la médecine et permis la guérison de maladies autrefois mortelles de même que l’éradication d’épidémies. L’efficacité de ces médicaments s’est avérée tellement impressionnante que toutes les pratiques de la médecine depuis la nuit des temps furent remises en question. La relation entre le médecin et son malade, la nutrition, le rôle des émotions, l’hygiène de vie et même l’attitude du patient… tout cela fut rapidement mis de côté car ce dernier allait dorénavant guérir pour peu qu’il prenne sa médication. Dès lors, la médecine se caractérise par une approche expéditive qui ne tient pas compte des antécédents ou des états émotionnels du malade, de son alimentation, de sa capacité d’auto-guérison naturelle non plus de son contexte social. Une conception purement mécanique de la maladie et du traitement de la douleur, et qui s’est généralisée dans toutes les branches de la médecine. De nos jours, pratiquement toute la formation médicale se borne à savoir diagnostiquer une maladie spécifique selon les symptômes perçus, puis à traiter ces derniers par une médication adéquate. Dans les Facultés de médecine, les étudiants apprennent tout ce qu’il faut savoir sur les maladies… sauf la façon dont elles sont vécues par ceux qui souffrent!

Si cette conception fonctionne remarquablement bien pour les problèmes aigus, il en va tout autrement lorsqu’on a affaire à un problème chronique. Autant la médecine moderne peut sauver des vies en cas d’infarctus du myocarde, autant il lui est difficile d’aider une personne souffrant de douleur ou de maladie chronique. Car c’est souvent la modification du mode de vie du patient qui s’avère seule capable de renverser le processus menant à des douleurs chroniques et à des maladies, cette modification incluant la gestion du stress, une saine nutrition, de l’exercice physique régulier, du repos ou un environnement sain.

Lorsque les professionnels de la santé ne trouvent pas de solution, il est compréhensible que des milliers de personnes cherchent ailleurs une réponse et se tournent vers les médecines douces ou « alternatives », dans l’espérance de guérir. Elles découvrent alors un tout autre monde : un monde de prise de conscience où l’individu est responsable de ce qui lui arrive, où il est créateur de sa vie et de ses souffrances. Au lieu d’attendre les effets salvateurs d’un remède miracle, il prend conscience du fait que son alimentation, son hygiène de vie, ses pensées et même ses réactions émotionnelles ainsi que ses relations sociales peuvent avoir un impact sur son corps, et que lui seul peut corriger le problème et retrouver l’équilibre essentiel à son bien-être.

Or celui qui guérit a tendance à partager ce qu’il a appris avec les autres... Mais il se bute parfois à une certaine résistance, un peu comme l’explique Platon dans La république, où il décrit la perception du réel par des personnes qui vivent dans une caverne sombre, et ne voient de la réalité que les ombres projetées sur les parois, car elles ne se sont jamais aventurées à l’extérieur. Un individu ayant réussi à s’échapper de la grotte et vu la lumière du soleil, revient et essaie de raconter à ceux qui y sont la réalité extérieure. Bien sûr, personne ne l’écoute et ses propos sont jugés farfelus. Or, nous vivons tous dans la grotte de nos perceptions et notre perception de la réalité, tout comme les ombres de la caverne de Platon, est déformée par les filtres nos sens (vue, ouïe, toucher, odorat, goût) de même que par nos pensées, interprétations, opinions, croyances, reçues par l’éducation ou façonnés par notre expérience personnelle. C’est d’autant plus difficile à changer. •

Pour en savoir plus : www.sebastienplante.com
Sébastien Plante
Physiothérapeute et ostéopathe